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LA DAME DE MONSOREAU V.1 LA DAME DE MONSOREAU V.1 ALEXANDRE DUMAS EDITION ILLUSTREE PAR J.-A. BEAUCE PREMIERE PARTIE PARIS 1890 TABLE DES MATIERES DE LA PREMIERE PARTIE. I.--Les noces de Saint-Luc. II.--Comment ce n'est pas toujours celui qui ouvre la porte qui entre dans la maison. III.--Comment il est difficile parfois de distinguer le reve de la realite. IV.--Comment mademoiselle de Brissac autrement dit madame de Saint-Luc avait passe sa nuit de noces. V.--Comment mademoiselle de Brissac autrement dit madame de Saint-Luc s'arrangea pour passer la seconde nuit de ses noces autrement qu'elle n'avait passe la premiere. VI.--Comment se faisait le petit coucher du roi Henri III. VII.--Comment sans que personne sut la cause de cette conversion le roi Henri se trouva converti du jour au lendemain. VIII.--Comment le roi eut peur d'avoir eu peur et comment Chicot eut peur d'avoir peur. IX.--Comment la voix du Seigneur se trompa et parla a Chicot croyant parler au roi. X.--Comment Bussy se mit a la recherche de son reve de plus en plus convaincu que c'etait une realite. XI.--Quel homme c'etait que M. le grand veneur Bryan de Monsoreau. XII.--Comment Bussy retrouva a la fois le portrait et l'original. XIII.--Ce qu'etait Diane de Meridor. XIV.--Ce que c'etait que Diane de Meridor.--Le traite. XV.--Ce que c'etait que Diane de Meridor.--Le mariage. XVI.--Ce que c'etait que Diane de Meridor.--Le mariage. XVII.--Comment voyageait le roi Henri III et quel temps il lui fallait pour aller de Paris a Fontainebleau. XVIII.--Ou le lecteur aura le plaisir de faire connaissance avec frere Gorenflot dont il a deja ete parle deux fois dans le cours de cette histoire. XIX.--Comment Chicot s'apercut qu'il etait plus facile d'entrer dans l'abbaye Sainte-Genevieve que d'en sortir. XX.--Comment Chicot force de rester dans l'eglise de l'abbaye vit et entendit des choses qu'il etait fort dangereux de voir et d'entendre. XXI.--Comment Chicot croyant faire un cours d'histoire fit un cours de genealogie. XXII.--Comment M. et madame de Saint-Luc voyageaient cote a cote et furent rejoints par un compagnon de voyage. XXIII.--Le vieillard orphelin. XXIV.--Comment Remy-le-Haudouin s'etait en l'absence de Bussy menage des intelligences dans la maison de la rue Saint-Antoine. XXV.--Le pere et la fille. IMAGES Titre Les noces de Saint-Luc Bussy d'Amboise. Vous m'excuserez Sire je l'espere d'avoir pris votre bouffon pour un roi. Bussy fit en arriere un bond qui mit trois pas entre lui et les assaillants. Frere Gorenflot. Si la jeune femme n'eut pas porte le costume de son page Bussy ne l'eut pas reconnue. Saint-Luc. Et Chicot s'accommoda dans un grand fauteuil son epee mise entre ses jambes. Sire vous n'avez le droit de me frapper qu'a la tete je suis gentilhomme. Il se trouva que Bussy et lui etaient face a face Le Seigneur de Monsoreau En avant de la selle etait une femme sur la bouche de laquelle il appuyait la main. Il me serra contre sa poitrine et me deposa dans le bateau. Diane de Meridor. Je sais que vous ne m'aimez point et je ne veux point abuser de la situation ou vous etes. Je me fie a la parole du beau Bussy; tenez monsieur Chicot Et Chicot les suivit de loin sans les perdre un instant de vue. Puis... un moine tout entier apparut. La tete du duc d'Anjou etait si pale qu'elle semblait celle d'une statue de marbre. Voici le present qu'en votre nom a tous je depose aux pieds du prince. Frere Gorenflot ronflait juste a la meme place ou l'avait laisse Chicot. Ce cavalier se detachait en vigueur sur le ciel mat. Le vent du soir soulevait sur son front ses longs cheveux blancs. CHAPITRE PREMIER LES NOCES DE SAINT-LUC. Le dimanche gras de l'annee 1578 apres la fete du populaire et tandis que s'eteignaient dans les rues les rumeurs de la joyeuse journee commencait une fete splendide dans le magnifique hotel que venait de se faire batir de l'autre cote de l'eau et presque en face du Louvre cette illustre famille de Montmorency qui alliee a la royaute de France marchait l'egale des familles princieres. Cette fete particuliere qui succedait a la fete publique avait pour but de celebrer les noces de Francois d'Epinay de Saint-Luc grand ami du roi Henri III et l'un de ses favoris les plus intimes avec Jeanne de Cosse-Brissac fille du marechal de France de ce nom. Le repas avait eu lieu au Louvre et le roi qui avait consenti a grand'peine au mariage avait paru au festin avec un visage severe qui n'avait rien d'approprie a la circonstance. Son costume en outre paraissait en harmonie avec son visage: c'etait ce costume marron fonce sous lequel Clouet nous l'a montre assistant aux noces de Joyeuse et cette espece de spectre royal serieux jusqu'a la majeste avait glace d'effroi tout le monde et surtout la jeune mariee qu'il regardait fort de travers toutes les fois qu'il la regardait. Cependant cette attitude sombre du roi au milieu de la joie de cette fete ne semblait etrange a personne; car la cause en etait un de ces secrets de coeur que tout le monde cotoie avec precaution comme ces ecueils a fleur d'eau auxquels on est sur de se briser en les touchant. A peine le repas termine le roi s'etait leve brusquement et force avait ete aussitot a tout le monde meme a ceux qui avouaient tout bas leur desir de rester a table de suivre l'exemple du roi. Alors Saint-Luc avait jete un long regard sur sa femme comme pour puiser du courage dans ses yeux et s'approchant du roi: --Sire lui dit-il Votre Majeste me fera-t-elle l'honneur d'accepter les violons que je veux lui donner a l'hotel de Montmorency ce soir? Henri III s'etait alors retourne avec un melange de colere et de chagrin et comme Saint-Luc courbe devant lui l'implorait avec une voix des plus douces et une mine des plus engageantes: --Oui monsieur avait-il repondu nous irons quoique vous ne meritiez certainement pas cette preuve d'amitie de notre part. Alors mademoiselle de Brissac devenue madame de Saint-Luc avait remercie humblement le roi. Mais Henri avait tourne le dos sans repondre a ses remerciments. --Qu'a donc le roi contre vous monsieur de Saint-Luc? avait alors demande la jeune femme a son mari. --Belle amie repondit Saint-Luc je vous raconterai cela plus tard quand cette grande colere sera dissipee. --Et se dissipera-t-elle? demanda Jeanne. --Il le faudra bien repondit le jeune homme. Mademoiselle de Brissac n'etait point encore assez madame de Saint-Luc pour insister; elle renfonca sa curiosite au fond de son coeur se promettant de trouver pour dicter ses conditions un moment ou Saint-Luc serait bien oblige de les accepter. On attendait donc Henri III a l'hotel de Montmorency au moment ou s'ouvre l'histoire que nous allons raconter a nos lecteurs. Or il etait onze heures deja et le roi n'etait pas encore arrive. Saint-Luc avait convie a ce bal tout ce que le roi et tout ce que lui-meme comptait d'amis; il avait compris dans les invitations les princes et les favoris des princes particulierement ceux de notre ancienne connaissance le duc d'Alencon devenu duc d'Anjou a l'avenement de Henri III au trone; mais M. le duc d'Anjou qui ne s'etait pas trouve au festin du Louvre semblait ne pas devoir se trouver davantage a la fete de l'hotel Montmorency. Quant au roi et a la reine de Navarre ils s'etaient comme nous l'avons dit dans un ouvrage precedent sauves dans le Bearn et faisaient de l'opposition ouverte en guerroyant a la tete des huguenots. M. le duc d'Anjou selon son habitude faisait aussi de l'opposition mais de l'opposition sourde et tenebreuse dans laquelle il avait toujours soin de se tenir en arriere tout en poussant en avant ceux de ses amis que n'avait point gueris l'exemple de la Mole et de Coconnas dont nos lecteurs sans doute n'ont point encore oublie la terrible mort. Il va sans dire que ses gentilshommes et ceux du roi vivaient dans une mauvaise intelligence qui amenait au moins deux ou trois fois par mois des rencontres dans lesquelles il etait bien rare que quelqu'un des combattants ne demeurat point mort sur la place ou tout au moins grievement blesse. Quant a Catherine elle etait arrivee au comble de ses voeux. Son fils bien-aime etait parvenu a ce trone qu'elle ambitionnait tant pour lui ou plutot pour elle; et elle regnait sous son nom tout en ayant l'air de se detacher des choses de ce monde et de n'avoir plus souci que de son salut. Saint-Luc tout inquiet de ne voir arriver aucune personne royale cherchait a rassurer son beau-pere fort emu de cette menacante absence. Convaincu comme tout le monde de l'amitie que le roi Henri portait a Saint-Luc il avait cru s'allier a une faveur et voila que sa fille au contraire epousait quelque chose comme une disgrace. Saint-Luc se donnait mille peines pour lui inspirer une securite que lui-meme n'avait pas et ses amis Maugiron Schomberg et Quelus vetus de leurs plus magnifiques costumes tout roides dans leurs pourpoints splendides et dont les fraises enormes semblaient des plats supportant leur tete ajoutaient encore a ses transes par leurs ironiques lamentations. --Eh! mon Dieu! mon pauvre ami disait Jacques de Levis comte de Quelus je crois en verite que pour cette fois tu es perdu. Le roi t'en veut de ce que tu t'es moque de ses avis et M. d'Anjou t'en veut de ce que tu t'es moque de son nez.[*] [*] La petite verole avait tellement maltraite M. le duc d'Anjou qu'il semblait avoir deux nez. --Mais non repondit Saint-Luc tu te trompes Quelus le roi ne vient pas parce qu'il a ete faire un pelerinage aux Minimes du bois de Vincennes et le duc d'Anjou est absent parce qu'il est amoureux de quelque femme que j'aurai oublie d'inviter. --Allons donc dit Maugiron as-tu vu la mine que faisait le roi a diner? Est-ce la la physionomie paterne d'un homme qui va prendre le bourdon pour faire un pelerinage? Et quant au duc d'Anjou son absence personnelle motivee par la cause que tu dis empecherait-elle ses Angevins de venir? En vois-tu un seul ici? Regarde eclipse totale pas meme ce tranche-montagne de Bussy. --Heu! messieurs disait le duc de Brissac en secouant la tete d'une facon desesperee ceci me fait tout l'effet d'une disgrace complete. En quoi donc mon Dieu! notre maison toujours si devouee a la monarchie a-t-elle pu deplaire a Sa Majeste? Et le vieux courtisan levait avec douleur ses deux bras au ciel. Les jeunes gens regardaient Saint-Luc avec de grands eclats de rire qui bien loin de rassurer le marechal le desesperaient. La jeune mariee pensive et recueillie se demandait comme son pere en quoi Saint-Luc avait pu deplaire au roi. Saint-Luc le savait lui et par suite de cette science etait le moins tranquille de tous. Tout a coup a l'une des deux portes par lesquelles on entrait dans la salle on annonca le roi. --Ah! s'ecria le marechal radieux maintenant je ne crains plus rien et si j'entendais annoncer le duc d'Anjou ma satisfaction serait complete. --Et moi murmura Saint-Luc j'ai encore plus peur du roi present que du roi absent car il ne vient que pour me jouer quelque mauvais tour comme c'est aussi pour me jouer quelque mauvais tour que le duc d'Anjou ne vient pas. Mais malgre cette triste reflexion il ne s'en precipita pas moins au-devant du roi qui avait enfin quitte son sombre costume marron et qui s'avancait tout resplendissant de satin de plumes et de pierreries. Mais au moment ou apparaissait a l'une des portes le roi Henri III un autre roi Henri III exactement pareil au premier vetu chausse coiffe fraise et goudronne de meme apparaissait par la porte en face. De sorte que les courtisans un instant emportes vers le premier s'arreterent comme le flot a la pile de l'arche et refluerent en tourbillonnant du premier au second roi. Henri III remarqua le mouvement et ne voyant devant lui que des bouches ouvertes des yeux effares et des corps pirouettant sur une jambe: --Ca messieurs qu'y a-t-il donc? demanda-t-il. Un long eclat de rire lui repondit. Le roi peu patient de son naturel et en ce moment surtout peu dispose a la patience commencait de froncer le sourcil quand Saint-Luc s'approchant de lui: --Sire dit-il c'est Chicot votre bouffon qui s'est habille exactement comme Votre Majeste et qui donne sa main a baiser aux dames. Henri III se mit a rire. Chicot jouissait a la cour du dernier Valois d'une liberte pareille a celle dont jouissait trente ans auparavant Triboulet a la cour du roi Francois 1er et dont devait jouir quarante ans plus tard Langely a la cour du roi Louis XIII. C'est que Chicot n'etait pas un fou ordinaire. Avant de s'appeler Chicot il s'etait appele DE Chicot. C'etait un gentilhomme gascon qui maltraite a ce qu'on assurait par M. de Mayenne a la suite d'une rivalite amoureuse dans laquelle tout simple gentilhomme qu'il etait il l'avait emporte sur ce prince s'etait refugie pres de Henri III et qui payait en verites quelquefois cruelles la protection que lui avait donnee le successeur de Charles IX. --Eh! maitre Chicot dit Henri deux rois ici c'est beaucoup. --En ce cas continue a me laisser jouer mon role de roi a ma guise et joue le role du duc d'Anjou a la tienne; peut-etre qu'on te prendra pour lui et qu'on te dira des choses qui t'apprendront non pas ce qu'il pense mais ce qu'il fait. --En effet dit le roi en regardant avec humeur autour de lui mon frere d'Anjou n'est pas venu. --Raison de plus pour que tu le remplaces. C'est dit: je suis Henri et tu es Francois. Je vais troner tu vas danser; je ferai pour toi toutes les singeries de la couronne et toi pendant ce temps tu t'amuseras un peu pauvre roi! Le regard du roi s'arreta sur Saint-Luc. --Tu as raison Chicot je veux danser dit-il. --Decidement pensa Brissac je m'etais trompe en croyant le roi irrite contre nous. Tout au contraire le roi est de charmante humeur. Et il courut a droite et a gauche felicitant chacun et surtout se felicitant lui-meme d'avoir donne sa fille a un homme jouissant d'une si grande faveur pres de Sa Majeste. Cependant Saint-Luc s'etait rapproche de sa femme. Mademoiselle de Brissac n'etait pas une beaute mais elle avait de charmants yeux noirs des dents blanches une peau eblouissante; tout cela lui composait ce qu'on peut appeler une figure d'esprit. --Monsieur dit-elle a son mari toujours preoccupee qu'elle etait par une seule pensee que me disait-on que le roi m'en voulait? Depuis qu'il est arrive il ne cesse de me sourire. --Ce n'est pas ce que vous me disiez au retour du diner chere Jeanne car son regard alors vous faisait peur. --Sa Majeste etait sans doute mal disposee alors dit la jeune femme; maintenant.... --Maintenant c'est bien pis interrompit Saint-Luc le roi rit les levres serrees. J'aimerais bien mieux qu'il me montrat les dents; Jeanne ma pauvre amie le roi nous menage quelque traitre surprise... Oh! ne me regardez pas si tendrement je vous prie et meme tournez-moi le dos. Justement voici Maugiron qui vient a nous; retenez-le accaparez-le soyez aimable avec lui. --Savez-vous monsieur dit Jeanne en souriant que voila une etrange recommandation et que si je la suivais a la lettre on pourrait croire.... --Ah! dit Saint-Luc avec un soupir ce serait bien heureux qu'on le crut. Et tournant le dos a sa femme dont l'etonnement etait au comble il s'en alla faire sa cour a Chicot qui jouait son role de roi avec un entrain et une majeste des plus risibles. Cependant Henri profitant du conge qui etait donne a Sa Grandeur dansait; mais tout en dansant ne perdait pas de vue Saint-Luc. Tantot il l'appelait pour lui conter quelque remarque plaisante qui drole ou non avait le privilege de faire rire Saint-Luc aux eclats. Tantot il lui offrait dans son drageoir des pralines et des fruits glaces que Saint-Luc trouvait delicieux. Enfin si Saint-Luc disparaissait un instant de la salle ou etait le roi pour faire les honneurs des autres salles le roi l'envoyait chercher aussitot par un de ses parents ou de ses officiers et Saint-Luc revenait sourire a son maitre qui ne paraissait content que lorsqu'il le revoyait. Tout a coup un bruit assez fort pour etre remarque au milieu de ce tumulte frappa les oreilles de Henri. --Eh! eh! dit-il il me semble que j'entends la voix de Chicot. Entends-tu Saint-Luc le roi se fache. --Oui sire dit Saint-Luc sans paraitre remarquer l'allusion de Sa Majeste il se querelle avec quelqu'un ce me semble. --Voyez ce que c'est dit le roi et revenez incontinent me le dire. ...
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