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LES GRANDES JOURNEES DE LA CONSTITUANTE LES GRANDES JOURNEES DE LA CONSTITUANTE ALBERT MATHIEZ TABLE DES MATIERES Chapitre I. La reunion des trois ordres. Chapitre II. La revolution du 14 juillet. Chapitre III. Le roi et l'Assemblee a Paris. Chapitre IV. La Federation. Chapitre V. La fuite du roi. Chapitre VI. Le Massacre du Champ-de-Mars. CHAPITRE I LA REUNION DES TROIS ORDRES Le 17 juin ayant termine depuis deux jours l'appel nominal de tous les deputes aux Etats generaux le Tiers auquel s'etaient deja reunis 12 cures se proclamait _Assemblee nationale_ et prevoyant que cet acte revolutionnaire serait suivi de represailles decidait d'opposer a une repression possible la menace de la greve de l'impot: "Considerant qu'en effet les contributions telles qu'elles se percoivent actuellement dans le royaume n'ayant point ete consenties par la nation sont toutes illegales et par consequent nulles dans leur creation extension ou prorogation; "L'Assemblee declare a l'unanimite des suffrages consentir provisoirement pour la nation que les impots et contributions quoique illegalement etablis et percus continuent d'etre leves de la meme maniere qu'ils l'ont ete precedemment et ce jusqu'au jour seulement de la premiere separation de cette Assemblee _de quelque cause qu'elle puisse provenir_. "Passe lequel jour l'Assemblee nationale entendait decreter que toute levee d'impots et contributions de toute nature qui n'aurait pas ete nommement formellement et librement accordee par l'Assemblee cessera entierement dans toutes les provinces du royaume quelle que soit la forme de l'administration...." Le 19 juin l'ordre du clerge decidait par 149 voix contre 135 de se reunir au Tiers. Mais le meme jour l'ordre de la noblesse adressait au roi une vigoureuse protestation contre les actes revolutionnaires du Tiers Etat et les chefs de la minorite du clerge l'archeveque de Paris et le cardinal de La Rochefoucauld faisaient le voyage de Marly pour pousser le roi a la resistance. Necker etait justement absent aupres de sa belle-soeur mourante a Paris. Un temoin oculaire Rabaut de Saint-Etienne depute a la Constituante a raconte en ces termes la journee du lendemain: LE SERMENT DU JEU DE PAUME Tandis que les deputes se rendaient a la salle [des seances] une proclamation faite par des herauts d'armes et affichee partout annonca que les seances etaient suspendues et que le roi tiendrait une seance royale le 22. On donnait pour motifs de la cloture de la salle pendant trois jours la necessite des preparatifs interieurs pour la decoration du trone. Cette raison puerile servit a prouver qu'on n'avait voulu que prevenir la reunion du clerge dont la majorite avait adopte le systeme des communes. Cependant les deputes arrivent successivement et ils eprouvent la plus vive indignation de trouver les portes fermees et gardees par des soldats. Ils se demandent les uns aux autres quelle puissance a le droit de suspendre les deliberations des representants de la nation. Ils parlent de s'assembler sur la place meme ou d'aller sur la terrasse de Marly offrir au roi le spectacle des deputes du peuple; de l'inviter a se reunir a eux dans une seance vraiment royale et paternelle plus digne de son coeur que celle dont il les menace. On permet a M. BAILLY leur president d'entrer dans la salle avec quelques membres pour prendre les papiers; et la il proteste contre les ordres arbitraires qui la tiennent fermee. Enfin il rassemble des deputes dans le jeu de paume de Versailles devenu celebre a jamais par la courageuse resistance des premiers representants de la nation francaise. On s'encourage en marchant; on se promet de ne jamais se separer et de resister jusqu'a la mort. On arrive; on fait appeler ceux des deputes qui ne sont pas instruits de ce qui se passe. Un depute malade s'y fait transporter. Le peuple qui assiege la porte couvre ses representants de benedictions. Des soldats desobeissent pour venir garder l'entree de ce nouveau sanctuaire de la liberte. Une voix s'eleve [celle de Mounier]; elle demande que chacun prete le serment de ne jamais se separer et de se rassembler partout jusqu'a ce que la constitution du royaume et la regeneration publique soient etablies. Tous le jurent tous le signent hors un [Martin d'Auch]; et le proces-verbal fait mention de cette circonstance remarquable. La cour aveuglee ne comprit pas que cet acte de vigueur devait renverser son ouvrage. [Note: _Precis de l'histoire de la Revolution francaise_ reimp. De 1819 pp. 56-57.] Armand Brette a complete ce recit. "Sur les 19 cures affilies des ce moment a la cause du Tiers sept seulement adhererent au serment le 20 juin ou le 22 juin 12 s'abstinrent... 4 deputes du Tiers seulement refuserent de signer ... il n'y eut qu'un seul opposant Martin d'Auch qui declara qu'il ne _pouvait jurer d'executer des deliberations qui ne sont pas sanctionnees par le roi..._ tous les nobles deputes du Tiers presents a Versailles les royalistes les plus eprouves Malouet Mounier Flachslanden l'ami intime du roi Hardy de La Largere dont le fils fut anobli sous la Restauration en souvenir du constituant Charrier qui en 1792 souleva la Lozere et paya de sa tete son devouement a la cause royale vingt autres enfin dont l'affection pour le roi etait notoire ont signe le serment et ont ainsi legitime l'audacieuse constitution du Tiers en Assemblee nationale." [Note: A. BRETTE La seance royale du 23 juin 1789 ses preliminaires et ses suites. _La Revolution francaise_ t. XX p. 442 et 534.] Parmi ceux qui signerent le serment cet acte solennel de rebellion il y en eut qui eprouverent une emotion intense. L'un d'eux devint fou. FOU DE REMORDS Le lendemain un depute de Lorraine nomme Mayer est devenu fou. Il avait prete le serment et en avait la conscience bourrelee. Il etait a cote d'un filou qui venait de voler sous le costume d'un depute du Tiers. Lorsqu'on est venu prendre ce filou il a cru qu'on arretait tous les deputes du Tiers pour avoir fait le serment; la peur l'a pris et la tete lui a saute. Cette frayeur d'etre arrete n'etait pas mal fondee car le bruit general etait que ce parti violent avait ete propose les uns disaient dans le conseil et d'autres dans un de ces conseils tenus frequemment chez MM. de Polignac et chez M. le comte d'Artois. [Note: Journal de l'abbe Coster dans Brette _id._ pp. 37-38.] Le 21 juin a une deputation de la noblesse conduite par le duc de Luxembourg le roi avait repondu qu'il ne permettrait jamais qu'on alterat l'autorite qui lui avait ete confiee pour le bien de ses sujets. La seance royale qui devait avoir lieu le 22 juin fut remise au 23. Le 22 juin Bailly trouvant la porte des Menus fermee se rendit aux Recollets qui refuserent de le recevoir. Les marguilliers de l'eglise Saint-Louis lui offrirent leur eglise. On se rendit d'abord dans la chapelle des Charniers ou avaient lieu les catechismes puis dans la nef. Deux membres de la noblesse du Dauphine les premiers de leur ordre le marquis de Blacons et le comte d'Agoult se reunirent au Tiers et la majorite du clerge se reunit aussi conduite par les archeveques de Vienne et de Bordeaux les eveques de Chartres et de Rodez. L'abbe Gregoire nous dit qu'en prevision de la seance royale du lendemain les deputes qui se reunissaient au club breton (berceau des Jacobins) arreterent un plan de resistance: L'ACTION DU CLUB BRETON La veille au soir nous etions douze ou quinze deputes reunis au Club Breton ainsi nomme parce que les Bretons en avaient ete les fondateurs. Instruits de ce que meditait la Cour pour le lendemain chaque article fut discute par tous et tous opinerent sur le parti a prendre. La premiere resolution fut celle de rester dans la salle malgre la defense du roi. Il fut convenu qu'avant l'ouverture de la seance nous circulerions dans les groupes de nos collegues pour leur annoncer ce qui allait se passer sous leurs yeux et ce qu'il fallait y opposer. [Note: _Memoires de l'Abbe Gregoire_ t. I p. 380. Ce recit est confirme par Bouchette Lettre du 24 juin 1789: "Nous etions convenus d'avance quoiqu'il arrivat de ne pas nous separer avant d'avoir pris une deliberation et nous la fimes ainsi" (_Lettres_ de Bouchette Paris 1909).] LA SEANCE ROYALE Enfin la seance royale arriva; elle eut tout l'appareil exterieur qui naguere en imposait a la multitude; mais ce n'est pas un trone d'or ni un superbe dais ni des herauts d'armes ni des panaches flottants qui intimident des hommes libres. La cour ignorait encore cette verite qu'on retrouve partout dans toutes les histoires. La garde nombreuse qui entourait la salle n'effraya pas les deputes; elle accrut au contraire leur courage. On repeta la faute qu'on avait faite le 5 mai de leur affecter une porte separee et de les laisser exposes dans le hangar qui la precedait a une pluie assez violente pendant que les autres ordres prenaient leurs places distinguees; enfin ils furent introduits. Le discours et les declarations du roi eurent pour objet de conserver la distinction des ordres d'annuler les fameux arretes de la constitution des communes en assemblee nationale d'annoncer en trente-cinq articles les _bienfaits_ que le roi _accordait a ses peuples_ et de declarer a l'assemblee que si elle l'abandonnait il ferait le bien des peuples sans elle. D'ailleurs toutes les formes imperatives furent employees comme dans ces lits de justice ou le roi venait semoncer le parlement. Dans ces bienfaits du roi promis a la nation il n'etait parle ni de la Constitution tant demandee ni de la participation des etats generaux a la legislation ni de la responsabilite des ministres ni de la liberte de la presse; et presque tout ce qui constitue la liberte civile et la liberte politique etait oublie. Cependant les pretentions des ordres privilegies etaient conservees le despotisme du maitre etait consacre et les etats generaux abaisses sous son pouvoir. Le prince ordonnait et ne consultait pas; et tel fut l'aveuglement de ceux qui le conseillerent qu'ils lui firent gourmander les representants de la nation et casser leurs arretes comme si c'eut ete une assemblee de notables. Enfin et c'etait le grand objet de cette seance royale le roi _ordonna_ aux deputes de se separer tout de suite et de se rendre le lendemain matin dans les chambres affectees a chaque ordre pour y reprendre leurs seances. Il sortit. On vit s'ecouler de leurs bancs tous ceux de la noblesse et une partie du clerge. Les deputes des communes immobiles et en silence sur leurs sieges contenaient a peine l'indignation dont ils etaient remplis en voyant la majeste de la nation si indignement outragee. Les ouvriers commandes a cet effet emportent a grand bruit ce trone ces bancs ces tabourets appareil fastueux de la seance; mais frappes de l'immobilite des peres de la patrie ils s'arretent et suspendent leur ouvrage. Les vils agents du despotisme courent annoncer au roi ce qu'ils appellent la desobeissance de l'assemblee.... [Note: Rabaut _op. cit._ pp. 58-59.] A ce recit de Rabaut Saint-Etienne Montjoye ajoute ce detail qu'"a l'instant meme ou le roi se placa sur son trone tous les deputes des trois ordres par un mouvement simultane s'assirent et se couvrirent et ils etaient deja assis et couverts lorsque M. le garde des sceaux dit: le roi permet a l'Assemblee de s'asseoir." LES DECLARATIONS DU ROI Le roi veut que l'ancienne distinction des trois ordres de l'Etat soit conservee en son entier comme essentiellement liee a la constitution de son royaume; que les deputes librement elus par chacun des trois ordres formant trois chambres deliberant par ordre et pouvant avec l'approbation du souverain convenir de deliberer en commun puissent seuls etre consideres comme formant le corps des representans de la nation. En consequence le roi a declare nulles les deliberations prises par les deputes de l'ordre du Tiers-Etat le 17 de ce mois ainsi que celles qui auraient pu s'ensuivre comme illegales et inconstitutionnelles (_Decl._ I. 1). Sont nommement exceptees des affaires qui pourront etre traitees en commun celles qui regardent les droits antiques et constitutionnels des trois ordres la forme de constitution a donner aux prochains Etats-Generaux les proprietes feodales et seigneuriales les droits utiles et les prerogatives honorifiques des deux premiers ordres (_id._ 8). Le consentement particulier du clerge sera necessaire pour toutes les dispositions qui pourraient interesser la religion la discipline ecclesiastique le regime des ordres et corps seculiers et reguliers (_id._ 9). Les affaires qui auront ete decidees dans les assemblees des trois ordres reunis seront remises le lendemain en deliberation si cent membres de l'Assemblee se reunissent pour en faire la demande (_id._ 12). Toutes les proprietes sans exception seront constamment respectees et S.M. comprend expressement sous le nom de proprietes les _dimes cens rentes droits et devoirs feodaux et seigneuriaux_ et generalement tous les droits et prerogatives utiles ou honorifiques attaches aux terres et fiefs ou appartenant aux personnes (_Decl._ II. 12). Les deux premiers ordres de l'Etat continueront a jouir de l'exception des charges personnelles mais le roi approuvera que les Etats-Generaux s'occupent des moyens de convertir ces sortes de charges en contributions pecuniaires et qu'alors tous les ordres de l'Etat y soient assujettis egalement (_id._ 15). Dans d'autres articles le roi avait promis de n'etablir aucun nouvel impot sans le consentement des representants de la nation de faire connaitre le tableau annuel des recettes et des depenses et de le soumettre aux Etats generaux de sanctionner la suppression de tous les privileges en matiere d'impots d'abolir la taille le franc-fief les lettres de cachet la corvee d'etablir des Etats provinciaux composes de deux dixiemes de membres du clerge de trois dixiemes de membres de la noblesse et de cinq dixiemes de membres du Tiers etc. Le roi termina par les paroles suivantes: LA MENACE ROYALE Vous venez Messieurs d'entendre le resultat de mes dispositions et de mes vues; elles sont conformes au vif desir que j'ai d'operer le bien public; et si par une fatalite loin de ma pensee vous m'abandonniez dans une si belle entreprise seul je ferai le bien de mes peuples; seul je me considererai comme leur veritable representant; et connaissant vos cahiers connaissant l'accord parfait qui existe entre le voeu le plus general de la nation et mes intentions bienfaisantes j'aurai toute la confiance que doit inspirer une si rare harmonie et je marcherai vers le but auquel je veux atteindre avec tout le courage et la fermete qu'il doit m'inspirer. Reflechissez Messieurs qu'aucun de vos projets aucune de vos dispositions ne peut avoir force de loi sans mon approbation speciale. Ainsi je suis le garant naturel de vos droits respectifs; et tous les ordres de l'Etat peuvent se reposer sur mon equitable impartialite. Toute defiance de votre part serait une grande injustice. C'est moi jusqu'a present qui fais tout le bonheur de mes peuples; et il est rare peut-etre que l'unique ambition d'un souverain soit d'obtenir de ses sujets qu'ils s'entendent enfin pour accepter ses bienfaits. Je vous ordonne Messieurs de vous separer tout de suite et de vous rendre demain matin chacun dans les chambres affectees a votre ordre pour y reprendre vos seances j'ordonne en consequence au grand-maitre des ceremonies de faire preparer les salles. Dreux-Breze grand-maitre des ceremonies vint rappeler aux communes immobiles l'ordre du roi. Bailly lui repondit que les representants du peuple ne recoivent les ordres de personne que du reste il allait prendre les ordres de l'assemblee. Alors Mirabeau lanca la celebre apostrophe qu'il a lui-meme rappelee en ces termes: L'APOSTROPHE DE MIRABEAU Bientot M. le marquis de Breze est venu leur dire [aux deputes des communes]: "Messieurs vous connaissez les ordres du roi." Sur quoi un des membres des communes lui adressant la parole a dit: "Oui Monsieur nous avons entendu les intentions qu'on a suggerees au Roi et vous qui ne sauriez etre son organe aupres des Etats-Generaux vous qui n'avez ici ni place ni voix ni droit de parler vous n'etes pas fait pour nous rappeler son discours; [Note: Le garde des sceaux d'apres le protocole etait seul qualifie pour communiquer les ordres du roi aux Etats generaux. Dreux-Breze outrepassait ses pouvoirs. Il ne devait etre que le porteur d'ordres _ecrits_ du roi.] cependant pour eviter toute equivoque et tout delai je vous declare que si l'on vous a charge de nous faire sortir d'ici vous devez demander des ordres pour employer la force car nous ne quitterons nos places que par la puissance de la baionnette." Alors d'une voix unanime tous les deputes se sont ecries: "Tel est le voeu de l'Assemblee." [Note: _Treizieme lettre_ de Mirabeau a ses _commettants_.] Le Tiers sur la proposition de Camus et de Sieyes declara persister dans ses precedents arretes recidivant ainsi sa desobeissance. Il decreta en outre sur la proposition de Mirabeau que la personne des deputes etait inviolable. "Ce n'est pas manifester une crainte avait dit Mirabeau c'est agir avec prudence; c'est un frein contre les conseils violents qui assiegent le trone." Le roi ceda devant l'attitude resolue des nobles patriotes l'offre de demission de Necker qui n'avait deja pas assiste a la seance royale devant l'agitation du monde des rentiers qui craignait la banqueroute devant l'insubordination de l'armee et les manifestations populaires. LES NOBLES PATRIOTES AU SECOURS DU TIERS On se rappelle cette celebre reponse de Mirabeau au grand maitre des ceremonies qui nous sommait de nous retirer. Cette reponse me dit d'Andre [Note: D'Andre depute de la noblesse d'Aix aux Etats generaux devint avec Barnave et les Lameth un des chefs du cote gauche de la Constituante.] ayant ete rapportee a la cour par M. de Breze il fut donne ordre a deux ou trois escadrons des gardes du corps de marcher sur l'Assemblee et de la sabrer s'il le fallait pour la dissoudre. Et certes les deputes dans un pareil moment se seraient tous laisse egorger plutot que de bouger. Au moment ou cette troupe avancait plusieurs deputes de la minorite de la noblesse etaient rassembles sur une terrasse attenant si je me le rappelle bien au logement de l'un des Crillon. Il y avait entre autres les deux Crillon d'Andre le marquis de Lafayette les ducs de La Rochefoucauld de Liancourt etc. tous dans les opinions de Necker voulant l'etablissement d'un gouvernement constitutionnel a l'anglaise avec la branche regnante de la dynastie. Lorsque d'Andre vit les gardes du corps s'avancer pour executer l'ordre dont je viens de parler: "Eh quoi! s'ecrie-t-il aurions-nous la lachete de laisser egorger sous nos yeux et sans aucune demarche vigoureuse pour en empecher des hommes qui nous donnent un si bel exemple de fermete et de devouement! Marchons au-devant des escadrons et sauvons les deputes des communes ou perissons avec eux." Ils partent tous a l'instant; ils barrent le chemin au detachement enfoncent leurs chapeaux empanaches mettent l'epee a la main et declarent au commandant qu'il leur passera sur le corps a tous avant qu'il parvienne aux deputes des communes que c'etait a lui a juger les consequences. Le commandant repond d'abord qu'il ne connait que ses ordres et fait un mouvement pour se porter en avant et leur passer sur le corps. Mais ces braves gens etant restes inebranlables a l'approche de cette cavalerie le commandant n'osa pas aller plus loin; il retourna au chateau rendre compte de ce qui s'etait passe et demander de nouveaux ordres. La Cour effrayee irresolue donna l'ordre de retrograder. Le fait est notoire et je n'ai aucun doute sur les details. D'Andre n'est ni imposteur ni fanfaron et tous les hommes que je viens de citer etaient capables de toutes sortes de grandes et belles actions. [Note: _Memoires_ de La Revelliere-Lepeaux t. I pp. 82-84.] LA DEMISSION DE NECKER Des cris de _Vive Necker_ se faisaient entendre jusqu'au chateau. On voulait le voir on voulait le prier de rester a la tete des affaires. Dans l'intervalle il a ete demande chez la reine. Le peuple l'y a suivi et les cours du chateau sont restees pleines de monde. M. Necker a passe un instant chez le roi pour lui rendre compte que toutes les caisses etaient fermees a Paris que la ville entiere etait prete a se soulever et que les directeurs de la Caisse d'Escompte arrivaient dans le moment de Paris lui annoncer tous les dangers dont la Caisse etait menacee. Le roi a senti que le remede a ces maux etait la conservation de son ministere. Il a meme exige dit-on que M. Necker allat depuis le Chateau jusqu'au Controle general a pied pour se montrer au peuple et l'assurer qu'il restait. Les rues les fenetres retentissaient d'applaudissements et de cris repetes de _Vive Necker!_ Dans un instant tous les deputes du Tiers-Etat se sont rendus chez M. Necker pour le feliciter et applaudir avec lui au bonheur de la nation qui le conserve. On l'embrassait on embrassait Mme Necker et la baronne de Stael le public embrassait les deputes du Tiers les applaudissait criait: _Vive Necker vive l'Assemblee nationale_! [Note: Journal de l'abbe Coster dans A. Brette _La Revolution francaise_ t. XXIII pp. 66-67.] L'INSUBORDINATION DE L'ARMEE Le jeudi [25 juin 1789] les soldats du regiment des Gardes francaises ayant abandonne leurs casernes s'etaient repandus dans Paris allant par bandes dans tous les lieux publics criant: _Vive le Roi Vive le Tiers!_ allant boire dans les cabarets obtenant de l'argent de plusieurs fanatiques qui leur en distribuaient des poignees. Crainte d'une revolte generale on n'osa les consigner. Le vendredi ils se repandirent de meme dans tous les endroits publics firent mettre bas les armes a plusieurs patrouilles des gardes suisses qu'ils rencontrerent et publierent les deux imprimes ci-joints. M. du Chatelet accouru a Paris parvint en allant lui-meme a chaque caserne a les contenir hier samedi. Et la reunion effectuee ne laissant pas d'animosite entre les partis il faut esperer qu'on n'aura pas besoin de se servir des troupes sur lesquelles V.E. voit qu'on ne pourrait faire aucun fonds. J'apprends a l'instant que le Roi ne peut pas compter davantage sur ses propres gardes du corps. Un marechal des logis bas-officier avec rang de lieutenant-colonel est venu dire au nom de la troupe au duc de Guiche capitaine de quartier que leur devoir etait de garder et de proteger la personne du Roi mais non de monter a cheval pour se battre avec la canaille; qu'en consequence ils ne feraient point de patrouilles. Le duc Guiche a casse le bas-officier. Sur quoi les gardes du corps sont venus presenter au Roi un memoire ou en l'assurant de leur attachement pour sa personne ils ont demande son retablissement. Le Roi a mis au bas du memoire: "j'ai toujours compte sur la fidelite de mes gardes du corps" et il le leur a rendu. Les gardes ont fait dire a M. de Guiche que si on ne leur rendait point leur camarade a la fin de leur service qui se termine avec le mois de juin le Roi pouvait disposer de 600 bandoulieres ce qui fait la moitie de tout le corps y ayant dans ce moment double garde. Les regiments de Reinach (Suisse) et de Lauzun (hussards) viennent d'arriver. La fidelite des regiments etrangers commence aussi a devenir suspecte. Les bourgeois les seduisent et les Suisses de Salis-Samade loges a Issy et a Vaugirard ont assure leurs hotes qu'au cas ou on les fit marcher ils devisseraient les batteries de leurs fusils. [Note: Depeche de Salmour ministre plenipotentiaire de Saxe 28 juin 1789 dans FLAMMERMONT Rapport sur les correspondances des agents diplomatiques etrangers en France avant la Revolution. _Nouvelles archives des missions_ t. VIII p. 231.] Le 24 juin la majorite du Clerge desobeissant a son tour au roi se rendit a la deliberation du Tiers. Le 25 47 membres de la noblesse le duc d'Orleans en tete en firent autant. Le 27 le roi se resigna a sanctionner ce qu'il ne pouvait plus empecher. Il ordonna aux deux ordres privilegies de se reunir au Tiers. Le jour meme la reunion est un fait accompli. Le serment du jeu de paume laissa un vif souvenir parmi les patriotes et une societe particuliere fut fondee par Gilbert Romme pour en commemorer l'anniversaire. ...
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