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LES FLEURS DU MAL
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LES FLEURS DU MAL

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LES FLEURS DU MAL

CHARLES BAUDELAIRE

Les po?sies de Baudelaire diss?min?es un peu partout dans les petits
journaux d'avant-garde comme le _Corsaire_ et jusque dans la grave
_Revue des Deux-Mondes_ n'avaient point encore en 1857 ?t?
r?unies en volume. Poulet-Malassis que le g?nie original de Baudelaire
enthousiasmait s'offrit de les publier sous le titre de _Fleurs du
Mal_ titre neuf audacieux longtemps cherch? et trouv? enfin non
point par Baudelaire ni par l'?diteur mais par Hippolyte Babou.

Les _Fleurs du Mal_ se pr?sentaient comme un bouquet po?tique
compos? de fleurs rares et v?n?neuses d'un parfum encore ignor?. Ce fut
un succ?s--succ?s d'ailleurs pr?par? par la _Revue des Deux-
Mondes_ qui en accueillant un an auparavant quelques po?sies de
Baudelaire avait mis sa responsabilit? ? couvert par une note
singuli?rement prudente. De nos jours une pareille note ressemblerait
fort ? une r?clame d?guis?e:

? Ce qui nous para?t ici m?riter l'int?r?t disait-elle c'est
l'expression vive curieuse m?me dans sa violence de quelques
d?faillances de quelques douleurs morales que sans les partager ni
les discuter on doit tenir ? conna?tre comme un des signes de notre
temps. Il nous semble d'ailleurs qu'il est des cas o? la publicit?
n'est pas seulement un encouragement o? elle peut avoir l'influence
d'un conseil utile et appeler le vrai talent ? se d?gager ? se
fortifier en ?largissant ses voies en ?tendant son horizon. ?

C'?tait se m?prendre ?trangement que de compter sur la publicit? pour
amener Baudelaire ? r?sipiscence; le parquet imp?rial ne prit pas tant
de m?nagements. Le livre ? peine paru fut d?f?r? aux tribunaux. Tandis
que Baudelaire se h?tait de recueillir en brochure les articles
justificatifs d'Edmond Thierry Barbey d'Aurevilly Charles Asselineau
etc... il sollicitait l'amiti? de Sainte-Beuve et de Flaubert (tout
r?cemment poursuivi pour avoir ?crit _Madame Bovary_) des moyens
de d?fense dont les minutes ont ?t? conserv?es et dont il transmettait
la teneur ? son avocat Me Chaix d'Est-Ange. Sur le r?quisitoire de M.
Pinard (alors avocat g?n?ral et plus tard ministre de l'Int?rieur) le
d?lit d'offense ? la morale religieuse fut ?cart? mais en raison de la
pr?vention d'outrage ? la morale publiques et aux bonnes moeurs la
Cour pronon?a la suppression de six pi?ces: _Lesbos Femmes damn?es
le Leth? A celle qui est trop gaie les Bijoux et les M?tamorphoses du
Vampire_ et la condamnation ? une amende de l'auteur et de
l'?diteur (21 ao?t 1857).

Le dommage mat?riel ne fut pas consid?rable pour Malassis; l'?dition
?tait presque ?puis?e lors de la saisie.

Tout d'abord Baudelaire voulut protester. On a retrouv? dans ses
papiers le brouillon de divers projets de pr?faces qu'il abandonna lors
de la r?impression ? la fois diminu?e et augment?e des _Fleurs du
Mal_ en 1861. Cette mutilation de sa pens?e par autorit? de justice
avait eu pour r?sultat de rendre les directeurs de journaux et de
revues tr?s m?fiants ? son ?gard lorsqu'il leur pr?sentait quelques
pages de prose ou des po?sies nouvelles; sa situation p?cuniaire s'en
ressentit. Il travaillait lentement ? ses heures toujours pr?occup?
d'atteindre l'id?ale perfection et ne traitant d'ailleurs que des
sujets auxquels le grand public ?tait alors (encore plus
qu'aujourd'hui) compl?tement ?tranger.

Lorsque Baudelaire posa en 1862 sa candidature aux fauteuils
acad?miques laiss?s vacants par la mort de Scribe et du P?re
Lacordaire il ?tait dans sa pens?e de protester ainsi contre la
condamnation des _Fleurs du Mal._ L'insucc?s de Baudelaire ?
l'Acad?mie n'?tait pas douteux. Ses amis ses vrais amis Alfred de
Vigny et Sainte-Beuve lui conseill?rent de se d?sister ce qu'il fit
d'ailleurs en des termes dont on appr?cia la modestie et la convenance.

On a beaucoup parl? de la vie douloureuse de Baudelaire: manque
d'argent sant? pr?caire absence de tendresse f?minine car sa
ma?tresse Jeanne Duval une jolie fille de couleur qu'il appelait son ?
vase de tristesse ? n'?tait qu'une sotte dont le coeur et la pens?e
?taient loin de lui. Son seul esprit son m?chant esprit ?tait de
tourner en ridicule les manies de son ami. Cependant elle ?tait
charmante nous dit Th?odore de Banville ? elle portait bien sa brune
t?te ing?nue et superbe couronn?e d'une chevelure violemment crespel?e
et dont la d?marche de reine pleine d'une gr?ce farouche avait ? la
fois quelque chose de divin et de bestial ?. Et Banville ajoute: ?
Baudelaire faisait parfois asseoir Jeanne devant lui dans un grand
fauteuil; il la regardait avec amour et l'admirait longuement; il lui
disait des vers dans une langue qu'elle ne savait pas. Certes c'est l?
peut-?tre le meilleur moyen de causer avec une femme dont les paroles
d?tonneraient sans doute dans l'ardente symphonie que chante sa
beaut?; mais il est naturel aussi que la femme n'en convienne pas et
s'?tonne d'?tre ador?e au m?me titre qu'une belle chatte. ?

Baudelaire n'aima qu'elle et il l'aima exclusivement pour sa beaut?
car depuis longtemps peut-?tre depuis toujours il avait senti qu'il
?tait seul aupr?s d'elle que les hommes sont irr?vocablement seuls.
Personne ne comprend personne. Nous n'avons d'autre demeure que nous-
m?mes. Tout son dandysme fut fait de ce splendide isolement. Toutefois
sa sensibilit? ?tait d'autant plus profonde qu'elle semblait moins
apparente. Rien ne la r?v?lait. Il avait l'air froid quelque peu
distant mais il subjuguait. Ses yeux couleur de tabac d'Espagne son
?paisse chevelure sombre son ?l?gance son intelligence
l'enchantement de sa voix chaude et bien timbr?e plus encore que son
?loquence naturelle qui lui faisait d?velopper des paradoxes avec une
magnifique intelligence et on ne saurait dire quel magn?tisme personnel
qui se d?gageait de toutes les impressions refoul?es au-dedans de lui
le rendaient extr?mement s?duisant. H?las! toutes ces belles qualit?s
ne le servirent point--du moins financi?rement--il ignorait l'art de
monnayer son g?nie. Ainsi pratiquement du moins comme tant d'autres
il se trouva desservi par sa fiert? sa d?licatesse par le meilleur de
lui-m?me.

Baudelaire habitait dans l'?le Saint-Louis sur le quai d'Anjou en ce
vieil et triste h?tel Pimodan plein de souvenirs somptueux et
nostalgiques. Il avait choisi l? un appartement compos? de plusieurs
pi?ces tr?s hautes de plafond et dont les fen?tres s'ouvraient sur le
fleuve qui roule ses eaux glauques et indiff?rentes au milieu de la vie
morbide et fi?vreuse. Les pi?ces ?taient tapiss?es d'un papier aux
larges rayures rouges et noires couleurs diaboliques qui
s'accordaient avec les draperies d'un lourd damas. Les meubles ?taient
antiques voluptueux. De larges fauteuils de paresseux divans
invitaient ? la r?verie. Aux murs des lithographies et des tableaux
sign?s de son ami Delacroix pures merveilles presque sans importance
alors mais que se disputeraient aujourd'hui ? coups de millions les
princes de la finance am?ricaine.

Au temps de Baudelaire c'est-?-dire vers le milieu du dix-neuvi?me
si?cle l'?le Saint-Louis ressemblait par la paix silencieuse qui
r?gnait ? travers ses rues et ses quais ? certaines villes de province
o? l'on va nu-t?te chez le voisin o? l'on s'attarde ? bavarder au
seuil des maisons et ? y prendre le frais par les beaux soirs d'?t? ?
l'heure o? la nuit tombe. Artistes et ?crivains allaient se dire
bonjour sans quitter leur costume d'int?rieur et fl?naient en n?glig?
sur le quai Bourbon et sur le quai d'Anjou si parfaitement d?serts que
c'?tait une joie d'y regarder couler l'eau et d'y boire la lumi?re.

Un jour Baudelaire coiff? uniquement de sa noire chevelure prenait
un bain de soleil sur le quai d'Anjou tout en croquant de d?licieuses
pommes de terre frites qu'il prenait une ? une dans un cornet de
papier lorsque vinrent ? passer en cal?che d?couverte de tr?s grandes
dames amies de sa m?re l'ambassadrice et qui s'amus?rent beaucoup ?
voir ainsi le po?te picorer une nourriture aussi d?mocratique. L'une
d'elles une duchesse fit arr?ter la voiture et appela Baudelaire.

--? C'est donc bien bon demanda-t-elle ce que vous mangez l??

--Go?tez madame dit le po?te en faisant les honneurs de son cornet de
pommes de terre frites avec une gr?ce supr?me. ?

Et il les amusa si bien par ce r?gal inattendu et par sa conversation
qu'elles seraient rest?es l? jusqu'? la fin du monde.

Quelques jours plus tard la duchesse rencontrant Baudelaire dans le
salon d'une vieille parente ? elle lui demanda si elle n'aurait pas
l'occasion de manger encore des pommes de terre frites.

--? Non madame r?pondit finement le po?te car elles sont en effet
tr?s bonnes mais seulement la premi?re fois qu'on en mange. ?

Cette petite anecdote racont?e par les historiens du po?te est devenue
classique; mais nous n'avons pu r?sister au plaisir de la r?p?ter ici.

Baudelaire plus ou moins pauvre car la fortune laiss?e par son p?re
avait ?t? d?vor?e rapidement fut toujours plein de d?licatesse et dou?
de cet esprit de finesse fait de belle humeur et d'ironie souriante.
Cependant ses embarras d'argent devenus chroniques aussi bien que son
?tat maladif rendirent lamentables les derni?res ann?es du po?te.
Frapp? de paralysie g?n?rale ayant perdu la m?moire des mots apr?s
une longue agonie il s'?teignit ? quarante-six ans. Sa m?re et son ami
Charles Asselineau ?taient ? son chevet. Ses oeuvres lui ont surv?cu
mais la place d'honneur qu'il m?ritait par son g?nie parmi les
romantiques ne lui fut vraiment accord?e qu'? l'aube de ce si?cle. On
l'avait tenu jusqu'alors pour un tr?s habile ciseleur de phrases le
Benvenuto Cellini des vers mais c'?tait presque un incompris un
n?vros?.

Il commen?a dit-on par ?tonner les sots mais il devait ?tonner bien
davantage les gens d'esprit en laissant ? la post?rit? ce livre
immortel: _les Fleurs du Mal._

Henry FRICHET.

AU LECTEUR

La sottise l'erreur le p?ch? la l?sine
Occupent nos esprits et travaillent nos corps
Et nous alimentons nos aimables remords
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos p?ch?s sont t?tus nos repentirs sont l?ches
Nous nous faisons payer grassement nos aveux
Et nous rentrons ga?ment dans le chemin bourbeux
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trism?giste
Qui berce longuement notre esprit enchant?
Et le riche m?tal de notre volont?
Est tout vaporis? par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent!
Aux objets r?pugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas
Sans horreur ? travers des t?n?bres qui puent.

Ainsi qu'un d?bauch? pauvre qui baise et mange
Le sein martyris? d'une antique catin
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serr? fourmillant comme un million d'helminthes
Dans nos cerveaux ribote un peuple de D?mons
Et quand nous respirons la Mort dans nos poumons
Descend fleuve invisible avec de sourdes plaintes.

Si le viol le poison le poignard l'incendie
N'ont pas encore brod? de leurs plaisants desseins
Le canevas banal de nos piteux destins
C'est que notre ?me h?las! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals les panth?res les lices
Les singes les scorpions les vautours les serpents
Les monstres glapissants hurlants grognants rampants
Dans la m?nagerie inf?me de nos vices

Il en est un plus laid plus m?chant plus immonde!
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris
Il ferait volontiers de la terre un d?bris
Et dans un b?illement avalerait le monde;

C'est l'Ennui!--L'oeil charg? d'un pleur involontaire
Il r?ve d'?chafauds en fumant son houka.
Tu le connais lecteur ce monstre d?licat
--Hypocrite lecteur--mon semblable--mon fr?re!

SPLEEN ET ID?AL

BENEDICTION

Lorsque par un d?cret des puissances supr?mes
Le Po?te appara?t en ce monde ennuy?
Sa m?re ?pouvant?e et pleine de blasph?mes
Crispe ses poings vers Dieu qui la prend en piti?:

? Ah! que n'ai-je mis bas tout un noeud de vip?res
Plut?t que de nourrir cette d?rision!
Maudite soit la nuit aux plaisirs ?ph?m?res
O? mon ventre a con?u mon expiation!

? Puisque tu m'as choisie entre toutes les femmes
Pour ?tre le d?go?t de mon triste mari
Et que je ne puis pas rejeter dans les flammes
Comme un billet d'amour ce monstre rabougri

? Je ferai rejaillir la haine qui m'accable
Sur l'instrument maudit de tes m?chancet?s
Et je tordrai si bien cet arbre mis?rable
Qu'il ne pourra poussa ses boutons empest?s! ?

Elle ravale ainsi l'?cume de sa haine
Et ne comprenant pas les desseins ?ternels
Elle-m?me pr?pare au fond de la G?henne
Les b?chers consacr?s aux crimes maternels.

Pourtant sous la tutelle invisible d'un Ange
L'Enfant d?sh?rit? s'enivre de soleil
Et dans tout ce qu'il boit et dans tout ce qu'il mange
Retrouve l'ambroisie et le nectar vermeil.

Il joue avec le vent cause avec le nuage
Et s'enivre en chantant du chemin de la croix;
Et l'Esprit qui le suit dans son p?lerinage
Pleure de le voir gai comme un oiseau des bois.

Tous ceux qu'il veut aimer l'observent avec crainte
Ou bien s'enhardissant de sa tranquillit?
Cherchent ? qui saura lui tirer une plainte
Et font sur lui l'essai de leur f?rocit?.

Dans le pain et le vin destin?s ? sa bouche
Ils m?lent de la cendre avec d'impurs crachats;
Avec hypocrisie ils jettent ce qu'il touche
Et s'accusent d'avoir mis leurs pieds dans ses pas.

Sa femme va criant sur les places publiques:
? Puisqu'il me trouve assez belle pour m'adorer
Je ferai le m?tier des idoles antiques
Et comme elles je veux me faire redorer;

? Et je me so?lerai de nard d'encens de myrrhe
De g?nuflexions de viandes et de vins
Pour savoir si je puis dans un coeur qui m'admire
Usurper en riant les hommages divins!

? Et quand je m'ennu?rai de ces farces impies
Je poserai sur lui ma fr?le et forte main;
Et mes ongles pareils aux ongles des harpies
Sauront jusqu'? son coeur se frayer un chemin.

? Comme un tout jeune oiseau qui tremble et qui palpite
J'arracherai ce coeur tout rouge de son sein
Et pour rassasier ma b?te favorite
Je le lui jetterai par terre avec d?dain! ?

Vers le Ciel o? son oeil voit un tr?ne splendide
Le Po?te serein l?ve ses bras pieux
Et les vastes ?clairs de son esprit lucide
Lui d?robent l'aspect des peuples furieux:

? Soyez b?ni mon Dieu qui donnez la souffrance
Comme un divin rem?de ? nos impuret?s
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui pr?pare les forts aux saintes volupt?s!

? Je sais que vous gardez une place au Po?te
Dans les rangs bienheureux des saintes L?gions
Et que vous l'invitez ? l'?ternelle f?te
Des Tr?nes des Vertus des Dominations.

? Je sais que la douleur est la noblesse unique
O? ne mordront jamais la terre et les enfers
Et qu'il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.

? Mais les bijoux perdus de l'antique Palmyre
Les m?taux inconnus les perles de la mer
Par votre main mont?s ne pourraient pas suffire
A ce beau diad?me ?blouissant et clair;

? Car il ne sera fait que de pure lumi?re
Puis?e au foyer saint des rayons primitifs
Et dont les yeux mortels dans leur splendeur enti?re
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs! ?

L'ALBATROS

Souvent pour s'amuser les hommes d'?quipage
Prennent des albatros vastes oiseaux des mers
Qui suivent indolents compagnons de voyage
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils d?pos?s sur les planches
Que ces rois de l'azur maladroits et honteux
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons tra?ner ? c?t? d'eux.

Ce voyageur ail? comme il est gauche et veule!
Lui nagu?re si beau qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un br?le-gueule
L'autre mime en boitant l'infirme qui volait!

Le Po?te est semblable au prince des nu?es
Qui hante la temp?te et se rit de l'archer;
Exil? sur le sol au milieu des hu?es
Ses ailes de g?ant l'emp?chent de marcher.

ELEVATION

Au-dessus des ?tangs au-dessus des vall?es
Des montagnes des bois des nuages des mers
Par del? le soleil par del? les ?thers
Par del? les confins des sph?res ?toil?es

Mon esprit tu te meus avec agilit?
Et comme un bon nageur qui se p?me dans l'onde
Tu sillonnes ga?ment l'immensit? profonde
Avec une indicible et m?le volupt?.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides
Va te purifier dans l'air sup?rieur
Et bois comme une pure et divine liqueur
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derri?re les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'?lancer vers les champs lumineux et sereins!

Celui dont les pensers comme des alouettes
Vers les cieux le matin prennent un libre essor
--Qui plane sur la vie et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes!

LES PHARES

Rubens fleuve d'oubli jardin de la paresse
Oreiller de chair fra?che o? l'on ne peut aimer
Mais o? la vie afflue et s'agite sans cesse
Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer;

L?onard de Vinci miroir profond et sombre
O? des anges charmants avec un doux souris
Tout charg? de myst?re apparaissent ? l'ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays;

Rembrandt triste h?pital tout rempli de murmures
Et d'un grand crucifix d?cor? seulement
O? la pri?re en pleurs s'exhale des ordures
Et d'un rayon d'hiver travers? brusquement;

Michel-Ange lieu vague o? l'on voit des Hercules
Se m?ler ? des Christ et se lever tout droits
Des fant?mes puissants qui dans les cr?puscules
D?chirent leur suaire en ?tirant leurs doigts;

Col?res de boxeur impudences de faune
Toi qui sus ramasser la beaut? des goujats
Grand coeur gonfl? d'orgueil homme d?bile et jaune
Puget m?lancolique empereur des for?ats;

Watteau ce carnaval o? bien des coeurs illustres
Comme des papillons errent en flamboyant
D?cors frais et l?gers ?clair?s par des lustres
Qui versent la folie ? ce bal tournoyant;
...



 

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